IMAN :
CHAPITRE 3 : Les périls du
fleuve
tous arriveront en courant
Emilie Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs : les FLE sortent, les autres reculent sur les bords
Des Peaux-rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.
Pierre J'étais insoucieux de tous les équipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m'ont laissé descendre où je voulais.
Lucie Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.
Aishwarya La tempête a béni mes éveils maritimes.
Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots
Qu'on appelle rouleurs éternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l'œil niais des falots !
Titouan Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,
L'eau verte pénétra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.
Natacha Et dès lors, je me suis baigné dans le Poème
De la Mer, infusé d'astres, et lactescent,
Dévorant les azurs verts ; où, flottaison blême
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;
Où, teignant tout à coup les bleuités, délires
Et rythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l'alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amères de l'amour !
Myriam Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L'Aube exaltée ainsi qu'un peuple de colombes,
Et j'ai vu quelquefois ce que l'homme a cru voir !
Samuel J'ai vu le soleil bas, taché d'horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils à des acteurs de drames très antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !
Anna J'ai rêvé la nuit verte aux neiges éblouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sèves inouïes,
Et l'éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !
Magali J'ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
Hystériques, la houle à l'assaut des récifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !
Alexandre J'ai heurté, savez-vous, d'incroyables Florides
Mêlant aux fleurs des yeux de panthères à peaux
D'hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l'horizon des mers, à de glauques troupeaux !
Marie J'ai vu fermenter les marais énormes, nasses
Où pourrit dans les joncs tout un Léviathan !
Des écroulements d'eaux au milieu des bonaces,
Et des lointains vers les gouffres cataractant !
Glaciers, soleils d'argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
Où
les serpents géants dévorés des punaises
Choient,
des arbres tordus, avec de noirs parfums !
Diane J'aurais
voulu montrer aux enfants ces dorades
Du
flot bleu, ces poissons d'or, ces poissons chantants.
− Des
écumes de fleurs ont bercé mes dérades
Et
d'ineffables vents m'ont ailé par instants.
Adrien Parfois,
martyr lassé des pôles et des zones,
La
mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait
vers moi ses fleurs d'ombre aux ventouses jaunes
Et je
restais, ainsi qu'une femme à genoux...
Presque
île, ballottant sur mes bords les querelles
Et
les fientes d'oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Emilie
Et je voguais, lorsqu'à travers mes liens frêles
Des
noyés descendaient dormir, à reculons !
Pierre Or
moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
Jeté
par l'ouragan dans l'éther sans oiseau,
Lucie Moi
dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N'auraient
pas repêché la carcasse ivre d'eau ;
Aishwarya
Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi
qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui
porte, confiture exquise aux bons poètes,
Des
lichens de soleil et des morves d'azur ;
Titouan
Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche
folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand
les juillets faisaient crouler à coups de triques
Les
cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;
Myriam
Moi qui tremblais, sentant geindre à cinquante lieues
Le
rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur
éternel des immobilités bleues,
Je
regrette l'Europe aux anciens parapets !
Alexandre J'ai
vu des archipels sidéraux ! et des îles
Dont
les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
Anna −
Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t'exiles,
Million
d'oiseaux d'or, ô future Vigueur ?
Magali Mais,
vrai, j'ai trop pleuré ! Les Aubes sont navrantes.
Toute
lune est atroce et tout soleil amer :
L'âcre
amour m'a gonflé de torpeurs enivrantes.
O que
ma quille éclate ! O que j'aille à la mer !
Samuel
Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire
et froide où vers le crépuscule embaumé
Un
enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un
bateau frêle comme un papillon de mai.
Diane Je
ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever
leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni
traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni
nager sous les yeux horribles des pontons.
Marie
vient devant
Comme
je descendais des fleuves impassibles, Les
FLM se mettent au bord avant scène
Je
longeais les berges de la campagne bucolique, Les
autres l'écoutent, s'assoient ou s'allongent ou
Je
traversais tous ces paysages si paisibles restent
debout en arrière d'elle
Où
le blé ondulait tel des vagues magnifiques.
Comme
je descendais des fleuves impassibles,
Je
naviguais au milieu des quais agitésMe laissant emporter vers une destination imprévisible
N’ayant d’autres choix que de me laisser guider.
Comme je descendais des fleuves impassibles,
Enfin s’achevait mon interminable parcours
Passant le témoin aux cargos insubmersibles
Je
pouvais envisager le voyage retour.
Les FLM sortent en fond de salle en
disant : Ce n'est pas du Rimbaud … Tu penses que c'est elle qui l'a écrit .. ?
Samuel
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