Vous connaissez Les lavandières Emilie
Il tourne, il tourne le moulin.
Dans le bateau arrêté sur le bord du fleuve. Non, pas
celui pour la farine, mais celui de la parole ! Ces lavandières qui
cancanent à longueur de journée. De vraies moulins à paroles, ces
pauvresses !
Si on leur mettait de vrais moulins dans la bouche, le
monde serait sauvé ! Si c’était des moulins à vapeur, les
bateaux feraient le tour du monde plus rapidement que l’éclair ;
si c’étaient des moulins à foulons, la terre entière serait
fournie en draps ; et si c’étaient des moulins à tanner, les
pauvres bêtes n’auraient plus de peaux. Mais si c’étaient des
moulins à farine, alors là : la famine serait éradiquée.
Dans leur bateau carré elles lavent le linge.
« Savez-vous que M. Richard s’est remarié ? » Sur
leur planche rayée elles battent le linge. « Il est vrai
qu’elle est laide cette demoiselle de Mêlée ! » De
leurs mains abîmées, elles frottent le linge. « Mme Airelle
aurait volé tout l’argent du Duc de Clouché ! ».
Le moulin tourne, tourne dans le bateau carré.
Le fleuve qui les écoute en a presque honte de les
porter. Mais que pourrions-nous leur dire pour les arrêter ?
Nul ne le sait ; mais bientôt, le ronronnement de
la machine à laver viendra les remplacer.
Hélas ?...
Tous sont entrés
Emilie
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